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mardi 6 mars 2012

Un chapardeur dans le centre de détention de Christmas Island : "Courage, fuyons !*"

*"Courage fuyons" film par Yves Robert en 1979.
Giant coconut crab, cliché ©probablement de B. Fernandez, août 2007, dans le "Christmas Island Detention Centre"

Le crabe de cocotier 
Il appartient à la même famille que le bernard-l'hermite.
C'est le plus grand crabe terrestre et même le plus grand arthropode terrestre (du grec arthron "articulation" et podos "pied").
Son nom latin est Birgus latro (venant du latin latro signifiant "brigand, voleur"). On l'appelle aussi "pagure larron", "crabe à bourse", "boursière" ou "crabe voleur", car il s'intéresse à tout ce qui a un rapport avec la nourriture, même à l'intérieur des habitations.
Ce qui le caractérise, en dehors de sa grande taille, est le fait qu'il ne peut pas aller dans l'eau : son système respiratoire est constitué d'un poumon branchiostégal, stade intermédiaire entre branchies et poumons, vestige de son évolution.
On le trouve depuis l'Océan Indien jusqu'à l'Océan Pacifique, mais les endroits où il est absent (Bornéo, Indonésie, Nouvelle-Guinée) correspondent aux zones où il a été consommé jusqu'à l'extinction.
L'homme le mange habituellement, mais quelques rares cas d'empoisonnement ont été relevés, dûs à la capacité de ce crabe à manger un peu tout, même des plantes toxiques.

Christmas Island
L'île où la première photo a été prise fait partie des territoires extérieurs de l'Australie depuis 1958 : auparavant, elle était sous domination britannique du fait de sa richesse en phosphates. C'est aussi une île d'origine volcanique.
Elle est située à l'est des Cocos Islands (Keeling), dans l'océan Indien, au nord-ouest et à 2 600 km des côtes de l'Australie (ville de Perth).
Les deux-tiers de l'île ont été déclarés Parc national en 1989, entre autres pour protéger une rare variété de petit crabe, le crabe rouge de l'île Christmas (Gecarcoidea natalis), qui n'existe d'ailleurs que sur cette île.

Christmas Island red crab, cliché ©R. Dominguez, janvier 2006
Dans les années 2001-2007, l'île est devenue le plus grand centre de détention australien, destiné à enfermer les migrants débarqués clandestinement sur Christmas Island et qui voulaient rejoindre l'Australie. C'est pourquoi l'île a été surnommée "l'île-prison".

Le crabe de cocotier dans le Pacifique
le crabe de cocotier dans les îles Torres, au Vanuatu
Ne gutut [nəɣʉˈtʉt] "crabe de cocotier" – langue hiw, îles Torres, Vanuatu (cliché ©A. François)
   Le crabe de cocotier constitue un mets de choix, à la fois auprès de la population locale qui traditionnellement les chasse, mais aussi auprès de nombreux restaurants de la capitale, qui proposent sa chair délicate pour des prix comparables à ceux des homards et langoustes. Dans les îles, les crabes de cocotier (krab kokonas en pidgin) ont un régime alimentaire très "bio", consistant surtout en noix de coco. Ils constituent une part importante des revenus économiques des petites îles Torres.

– Crabe de cocotier à Motalava (l'une des îles Banks au Vanuatu)
"[…] mis à part les quelques petits perroquets ou chauves-souris que poursuivent les enfants, la terre ne présente guère d'animal sauvage. La seule exception peut-être, qui fait d'ailleurs la réputation de Motalava dans tout le Vanuatu, sont les délicieux "crabes de cocotier" (nadiy en langue mwotlap), qui ne se nourrissent que de noix de coco."
(sur le site d'A. François)

Quelques contes d'Océanie sur le crabe de cocotier
– en langue iaai (Ouvéa, îles Loyauté, Nouvelle-Calédonie) : « Le bernard-l'hermite et le crabe de cocotier » (texte recueilli par F. Ozanne-Rivierre vers 1948)
"Un jour, une grand'mère envoya chercher tous les animaux et les oiseaux de l'île pour une réunion.
Elle souhaitait les bénir
La nouvelle se répandit dans toute l'île.
Bon ! Voilà les animaux qui arrivent.
Ceux qui volent, ceux qui rampent et ceux qui marchent.
Grand'mère, nous sommes tous là, nous venons t'écouter
Vérifiez bien pour voir si vous êtes tous là.
Non ! Il y a deux absents,
ce sont les fameux crabe de cocotier et bernard-l'hermite. […]"
La suite *ici* (à lire ou à écouter).

– en langue fagauvea (Ohnyat près d'Ouvéa, îles Loyauté,  Nouvelle-Calédonie) : « Les deux bernard-l'hermite et le crabe de cocotier » (texte recueilli par Claire Moyse-Faurie en 1997)
"Voilà, c'est une histoire de bernard-l'hermite ; l'un d'eux sort de dessous une pierre; un autre arrive du bord de mer.
Ils s'en vont par là-bas, ils croisent un vieux en train de griller des trocas et des nérites.
En fait, il s'agit d'un vieux couple de bernard-l'hermite qui grille des trocas et des nérites puis jette les coquilles vides.
Le couple jette les coquilles vers la mer.
Les deux compères accourent depuis l'intérieur des terres et s'esclaffent : "Dis donc! Regarde là-bas au bord de mer, les manous, il y en a un pour moi !
La coquille de la nérite est trop petite mais par contre, celle du troca est bien, elle est grande."
Chacun essaie une coquille de troca.
L'un des deux s'enfile dans un grand troca, peut-être que son pantalon est grand !
Ensuite, ils repartent.
En fin de compte, l'un est entré dans une nérite, l'autre dans un troca.
C'est ainsi qu'ils remontent du bord de mer,
aperçoivent quelqu'un qui grimpe sur un tronc de cocotier, […]"
La suite *ici* (à lire et/ou à écouter).

– en langue araki (île d'Espiritu Santo, Vanuatu) ; traduction en anglais : « Hunting for coconut crab » (texte recueilli par A. François en 1998)
"Right now, I would like to tell the story of the coconut crab.
Two men went to Rahuna to look for coconut crabs.
They had taken water, they had taken ropes,
so that, if (one of them) heard a coconut-crab at the top of a tree,
... at the top of a palmtree, he could wet the rope with the water...
... and use it to climb up to the top of the palmtree,
... and seize the crab up there. […]"
La suite *ici* (à lire et/ou à écouter).

=> Pour en savoir plus :

vendredi 3 février 2012

Spécial « […] bizarre… bizarre ? Comme c'est étrange ! »*

*Célèbre tirade de Louis Jouvet, dans le film "Drôle de drame" de Marcel Carné (1937)

  Il y a plus de 1 560 000 espèces répertoriées sur Terre, mais on estime qu'il en existerait entre 5,5 millions et 20 millions. Ces chiffres comprennent tout ce qui vit, depuis les bactéries et les virus jusqu'aux plus gros des vertébrés, en passant par les végétaux, les mollusques, les crustacés, les insectes, les araignées...
   Il reste encore au moins 4 millions d'autres espèces à découvrir parmi tous les êtres vivants. Le problème est que parmi celles-ci, il y en a une partie qui disparaît naturellement et une autre qui disparaît à cause de l'activité humaine, donc beaucoup d'espèces disparaissent avant même qu'on ait pu les découvrir !
   Dans ce billet, je vais donc vous présenter rapidement une série d'espèces plus ou moins connues qui pourront vous paraître étonnantes ou étranges.

The long-eared jerboa ©Oyunhishig Uuganbadrakh, Mongolian Edge fellow

La gerboise à longues oreilles, ci-contre, est une espèce qui a été découverte plutôt récemment, dans  l'écozone du Paléartique.











Ci-dessous, un crabe de cocotier, qui, comme vous pouvez le voir, est aussi gros qu'une poubelle ! On n'aimerait pas retrouver ça derrière la nôtre... Un billet lui est réservé ici.
Giant coconut crab ©Brian Fernandez?
août 2007, in the Christmas Island Detention Centre

Bug-Eyed Baby Aye-Aye Debuts ©National Geographic


Ci-contre un bébé aye-aye, un primate vivant à Madagascar.

Ci-dessous, on peut voir la plus petite espèce de grenouille au monde, la Paedophryne amauensis, installée sur une pièce que l'on appelle "dime", une pièce valant un dixième de dollard américain mesurant 17,91 mm. Donc cette grenouille fait moins d'un centimètre de longueur !
Si vous voulez en savoir plus sur d'autres espèces de grenouilles, cliquez ici.

World's smallest Vertebrate! ©Christopher Austin, Louisiana State University

New Horned Viper Found in "Secret" Spot ©Michele Menegon, Science Museum of Trento

Atheris matildae ou "Mathilda", la vipère à cornes.

Galápagos tortoises ©Mandy Quayle, Solent News












Sur la photo ci-contre, on peut voir une patte d'une tortue géante des îles du Galapagos et son bébé. Le bébé fait à peu près la taille d'une main humaine adulte, alors imaginez la taille de la mère...ou regardez ici.



The Momonga ©via Biodiversity News

Ces mignons petits rongeurs ne vivent qu'au Japon ! En effet, ils appartiennent à la race des Polatouche et ce sont des écureuils volants japonais. Leur description plus en détail ici.

Leaving a Mark  ©Suzanne Long



Ces escargots de mer violets déteindraient-ils ?











Portugiesische Galeere @SvenGrand, Wikipedia


Quelle est cette chose échouée sur la plage ? Serait-ce une sorte de plante, une bulle, une méduse ? Une seule de la réponse est la bonne : c'est une sorte de siphonophore...mais qu'est-ce qu'un siphonophore ? Peut-être y aura-t-il la réponse dans un prochain billet ?

@Taro Taylor, Wikipedia


Vous pouvez voir ci-contre un Glaucus atlanticus et un Glaucus marginatus. Ces magnifiques créatures paraissent irréelles : on les dirait sorties de notre imagination et dessinées sur ordinateur... Mais elles existent réellement ! Où existent-t-elles, quelles sont-elles ? Je vous donnerai toutes ces réponses dans un prochain billet.

Cabra cornudo unida ©Latrola.net, Revista digital de entretenimiento

Serait-ce une sorte de licorne ? Ou juste une chèvre qui aurait eu ses cornes fusionnées suite à une malformation génétique ?
Si vous vous demandez quels animaux ont pu inspirer le mythe de la licorne, je vous invite à aller voir les billets que j'ai déjà faits à ce sujet ici : introduction, les narvals, le rhinocéros et les autres animaux ayant inspirés le mythe de la licorne.







lundi 31 octobre 2011

L'artémie ou artémia

L'année dernière, pour le cadeau de Noël de ma petite soeur, je voulais trouver quelque chose d'original. Alors j'ai parcouru les magasins, jusqu'à me retrouver dans une boutique de jouets et de cadeaux. Dans un rayon, mon regard s'est attardé sur "Monstres marins" dont voici la pochette :
J'ai tout d'abord cru qu'il s'agissait de fausses bêtes, que c'était des jouets comme dans tout le magasin, mais cela m'intriguait quand même. Alors j'ai commencé à regarder d'un peu plus près les inscriptions sur la boîte, et j'ai commencé à lire : "Tu trouveras dans le sachet n°2 les oeufs vivants en « cristaux de vie instantanée » qui sont prêts à éclore au contact de l'eau !" alors j'ai commencé à douter sur la nature réelle de ce "jouet", j'ai continué à lire et, d'après les descriptions qu'ils en faisaient, ça avait vraiment l'air d'être une espèce vivante ! Je l'ai alors acheté et offert à ma petite soeur pour noël dernier.

Après avoir lu la "notice" sur les artémias qui était donnée avec la boîte et m'être un peu plus renseignée sur eux, j'ai pu retenir plusieurs informations intéressantes.

L'artémie ou artémia vient du grec ἀρτεμία qui signifie état sain, bon état, bonne santé. C'est un petit crustacé qui atteint maximum 2 centimètres de longueur, vivant le plus souvent dans des lacs salés, des lagunes ou des marais salants.
Les oeufs d'artémias, des cystes, sont très spéciaux : ils peuvent rester des années –jusqu'à 10 ans– sans éclore, dans certaines conditions. Ils peuvent résister à des températures extrêmes (de -190°C jusqu'à 105°C, mais ils ne peuvent résister à 105°C que durant 2 heures). On pense que ces oeufs ont leur métabolisme totalement arrêté, mais on en peut pas vérifier comme on ne peut pas encore le mesurer avec les techniques d'aujourd'hui. Le fait que ces oeufs restent dans cet état s'appelle la cryptobiose. Mais ils restent dans cet état seulement jusqu'au contact avec de l'eau, permettant de réhydrater les oeufs et de donner naissance à des artémias.
C'est grâce à ce système de reproduction et de conservation que les artémias traversent le temps depuis 100 à 400 millions d'années !

L'espèce donnée dans ce magasin est un hybride. En effet, des scientifiques l'ont modifiée génétiquement pour que cette espèce ne puisse vivre que dans l'eau douce, décalcifiée. Le but de cette modification génétique étant que si des enfants ou des adultes renversaient l'eau contenant les artémias dans une rivière ou dans les toilettes, les artémias ne prolifèrent pas à ces endroits.
Une autre espèce, non modifiée génétiquement, l'Artemia salina, est l'espèce la plus courante des artémias. Cette espèce sert souvent de nourriture à d'autres espèces aquatiques comme des poissons ou comme l'axolotl.

Des artémias salina :

Un artémia salina femelle, dans un micro aquarium :

Et là un artémia mâle dans un autre micro-aquarium :



Certaines conditions sont nécessaires à l'élevage des artémias, et celles pour les artémias que j'ai offert à ma petites soeur sont les suivantes :
  • L'eau doit bien être décalcifiée et purifiée avant de mettre les oeufs d'artémias dans le petit aquarium. Au bout de quelques heures après avoir mis les oeufs au contact de l'eau, on peut observer de minuscules petit "points" bougeant dans l'eau, mais on ne peut vraiment les voir nager qu'au bout de 3 jours.
  • On doit aussi les nourrir, mais juste une fois par semaine, et dans une cuillère dosette spéciale (trop de nourriture serait dangereux pour eux). Leur alimentation est une sorte d'algue, ici nous les nourrissons avec du phytoplancton en poudre.
  • Enfin, une condition plutôt "contraignante" : ils doivent être gardés à une température entre 20 et 27°C.



Sources :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Art%C3%A9mie
http://fr.wikipedia.org/wiki/Artemia_salina
http://www.espace-sciences.org/archives/science/11826.html
Dont la "notice" des artémias donnée avec la boîte contenant les oeufs d'artémias 
Les vidéos :
http://www.aqualiment.org/video/artemias-salina-adsl.php
http://www.aqualiment.org/video/artemia-femelle-en-micro-aquarium.php
http://www.aqualiment.org/video/artemia-male-en-micro-aquarium.php